{"id":16979,"date":"2025-07-16T19:11:16","date_gmt":"2025-07-16T19:11:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/?p=16979"},"modified":"2025-11-13T20:27:56","modified_gmt":"2025-11-13T20:27:56","slug":"ia-en-afrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/ia-en-afrique\/","title":{"rendered":"IA en Afrique : R\u00e9guler pour s\u2019imposer, et non subir la servitude num\u00e9rique"},"content":{"rendered":"<p>Par Esimba Ifonge | <a href=\"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/CERECK-072025-IA-en-Afrique-Reguler-pour-simposer.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">T\u00e9l\u00e9charger la version PDF<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/pap.au.int\/fr\/node\/798\">L&rsquo;appel du Parlement panafricain \u00e0 une gouvernance \u00e9thique de l&rsquo;intelligence artificielle (IA)<\/a> est bien plus qu&rsquo;une simple question technique ; c&rsquo;est un carrefour historique pour l&rsquo;Afrique. Pour les leaders, innovateurs et citoyens du continent, la question n&rsquo;est pas de savoir si nous devons adopter l&rsquo;IA, mais comment nous allons la ma\u00eetriser pour servir un projet de souverainet\u00e9 et de renaissance. D\u00e9cryptons les enjeux de la d\u00e9claration de Lusaka pour esquisser un cadre d&rsquo;action pour que l&rsquo;Afrique passe du statut d&rsquo;objet de la mondialisation num\u00e9rique \u00e0 celui de sujet de son propre destin.<\/p>\n<h3><strong>Un r\u00e9veil continental face \u00e0 l&rsquo;in\u00e9vitable<\/strong><\/h3>\n<p>Dans un article intitul\u00e9 <a href=\"https:\/\/afriqueitnews.com\/tech-media\/lia-sous-surveillance-parlement-panafricain-reclame-gouvernance-ethique\/\">\u00abL\u2019IA sous surveillance : le Parlement panafricain r\u00e9clame une gouvernance \u00e9thique \u00bb<\/a> , la plateforme d\u2019information Afrique IT News rapporte une prise de conscience salutaire au plus haut niveau institutionnel africain : le Parlement Panafricain (PAP) s&rsquo;est saisi de l&rsquo;enjeu de l&rsquo;intelligence artificielle. Les faits sont clairs : les parlementaires ont exprim\u00e9 leurs vives inqui\u00e9tudes face aux risques d&rsquo;une adoption non ma\u00eetris\u00e9e de l&rsquo;IA. Les pr\u00e9occupations sont multiples et l\u00e9gitimes : destruction d&#8217;emplois, amplification des biais discriminatoires, menaces sur la vie priv\u00e9e et les droits humains, et risques s\u00e9curitaires.<\/p>\n<p>En r\u00e9ponse, le PAP ne pr\u00f4ne pas le rejet, mais l&rsquo;action : l&rsquo;\u00e9laboration urgente d&rsquo;un cadre juridique et \u00e9thique commun \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du continent. L&rsquo;objectif affich\u00e9 est de garantir que le d\u00e9ploiement de l&rsquo;IA soit \u00ab\u00a0centr\u00e9 sur l&rsquo;humain\u00a0\u00bb et align\u00e9 sur les int\u00e9r\u00eats des populations africaines.<\/p>\n<p>Cette initiative, bien que tardive au regard de la vitesse de la course technologique mondiale, constitue un signal politique essentiel : l&rsquo;Afrique refuse de subir passivement la quatri\u00e8me r\u00e9volution industrielle. Elle entend en d\u00e9finir les r\u00e8gles sur son propre sol.<\/p>\n<h3><strong>Au-del\u00e0 du code, la question du pouvoir<\/strong><\/h3>\n<p>Analyser cet appel sous le seul angle de la conformit\u00e9 r\u00e9glementaire ou de la protection des donn\u00e9es serait une erreur strat\u00e9gique. Les enjeux sont bien plus profonds et touchent aux fondements m\u00eames de la souverainet\u00e9, de l&rsquo;identit\u00e9 et du d\u00e9veloppement futur du continent.<\/p>\n<p>La nouvelle ru\u00e9e vers l&rsquo;Afrique ne se fait plus seulement pour ses minerais, mais \u00e9galement pour ses donn\u00e9es. Les donn\u00e9es sont le p\u00e9trole de l&rsquo;IA. Sans un cadre juridique clair qui affirme la propri\u00e9t\u00e9 et le contr\u00f4le africains sur ces donn\u00e9es, le continent risque de devenir une simple carri\u00e8re num\u00e9rique. Les algorithmes, con\u00e7us et contr\u00f4l\u00e9s depuis la Silicon Valley ou Shenzhen, dicteront nos \u00e9conomies, nos politiques et m\u00eame nos perceptions sociales. C&rsquo;est la recette parfaite pour la fabrication d&rsquo;une nouvelle forme de d\u00e9pendance, un \u00ab\u00a0\u00c9tat rat\u00e9\u00a0\u00bb num\u00e9rique o\u00f9 les infrastructures cognitives sont contr\u00f4l\u00e9es de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>L&rsquo;IA est le principal champ de bataille de la rivalit\u00e9 entre les puissances mondiales. Les \u00ab\u00a0Big Tech\u00a0\u00bb ne sont plus de simples entreprises ; elles sont devenues des \u00ab\u00a0Big States\u00a0\u00bb, des entit\u00e9s g\u00e9opolitiques agissant en symbiose avec leurs gouvernements d&rsquo;origine. En l&rsquo;absence d&rsquo;une position africaine unifi\u00e9e et forte, le continent deviendra un simple terrain de jeu pour ces blocs, qui y d\u00e9ploieront leurs technologies pour \u00e9tendre leur influence, selon leurs propres normes et int\u00e9r\u00eats. Une approche fragment\u00e9e, pays par pays, ne ferait qu&rsquo;exacerber la comp\u00e9tition entre \u00c9tats africains et faciliterait une strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0diviser pour r\u00e9gner\u00a0\u00bb par les g\u00e9ants de la tech.<\/p>\n<p>Une intelligence artificielle est le reflet des valeurs et des biais de ses cr\u00e9ateurs. Des syst\u00e8mes d&rsquo;IA entra\u00een\u00e9s sur des donn\u00e9es majoritairement occidentales ou asiatiques ne feront qu&rsquo;importer et renforcer des visions du monde \u00e9trang\u00e8res en Afrique. C&rsquo;est une menace directe \u00e0 la \u00ab\u00a0bataille des id\u00e9es\u00a0\u00bb. Cela peut conduire \u00e0 un nouveau \u00ab\u00a0viol de l&rsquo;imaginaire\u00a0\u00bb, o\u00f9 les solutions \u00e0 nos probl\u00e8mes, les crit\u00e8res de r\u00e9ussite et les mod\u00e8les de soci\u00e9t\u00e9 nous sont sugg\u00e9r\u00e9s, voire impos\u00e9s, par des bo\u00eetes noires algorithmiques. D\u00e9finir une IA \u00ab\u00a0\u00e9thique\u00a0\u00bb, pour l&rsquo;Afrique, c&rsquo;est s&rsquo;assurer qu&rsquo;elle int\u00e8gre des principes comme l&rsquo;Ubuntu, la solidarit\u00e9 communautaire et la justice sociale, au lieu de se contenter d&rsquo;optimiser l&rsquo;efficacit\u00e9 et le profit.<\/p>\n<h3><strong>Une condition de survie strat\u00e9gique<\/strong><\/h3>\n<p>La sonnette d&rsquo;alarme tir\u00e9e par le PAP r\u00e9v\u00e8le plusieurs imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques pour les leaders africains.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique ne peut plus se permettre d&rsquo;\u00eatre en r\u00e9action. Dans le domaine technologique, attendre de voir les effets n\u00e9gatifs pour l\u00e9gif\u00e9rer, c&rsquo;est accepter d&rsquo;avoir d\u00e9j\u00e0 perdu. Il faut agir en amont, d\u00e9finir une vision et imposer nos conditions d&rsquo;entr\u00e9e sur notre propre march\u00e9. Oui, il y a une urgence \u00e0 \u00eatre proactifs !<\/p>\n<p>Par ailleurs, la force de l&rsquo;Afrique r\u00e9side dans son unit\u00e9. Seule une approche panafricaine coordonn\u00e9e peut donner au continent le poids n\u00e9cessaire pour n\u00e9gocier d&rsquo;\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec les g\u00e9ants de la technologie et les puissances mondiales. Le cadre commun appel\u00e9 de ses v\u0153ux par le PAP n&rsquo;est pas une option, c&rsquo;est une condition de survie strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Le combat ne doit pas \u00eatre men\u00e9 uniquement par les politiques. Il doit impliquer une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale des intelligences africaines : universit\u00e9s, centres de recherche, entrepreneurs, soci\u00e9t\u00e9 civile. L&rsquo;Afrique doit investir massivement pour non seulement utiliser l&rsquo;IA, mais aussi la cr\u00e9er. C&rsquo;est en produisant notre propre savoir, nos propres algorithmes et nos propres solutions que nous reconquerrons notre autonomie intellectuelle.<\/p>\n<h3><strong>De la d\u00e9claration d&rsquo;intention \u00e0 l&rsquo;action concr\u00e8te<\/strong><\/h3>\n<p>Pour passer de la d\u00e9claration d&rsquo;intention \u00e0 l&rsquo;action concr\u00e8te, les d\u00e9cideurs africains peuvent s&rsquo;articuler autour de trois axes strat\u00e9giques :<\/p>\n<p><strong>Axe 1 : B\u00e2tir l&rsquo;architecture de la gouvernance.<\/strong><br \/>\n<em>*Cr\u00e9er une Agence Panafricaine de l&rsquo;Intelligence Artificielle (APIA) :<\/em> Au-del\u00e0 de l\u2019Agenda de la transformation num\u00e9rique de l\u2019Afrique (2020-2030), l\u2019Union Africaine pourrait travailler \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une agence qui serait charg\u00e9e de proposer le cadre r\u00e9glementaire commun, de certifier les syst\u00e8mes d&rsquo;IA autoris\u00e9s \u00e0 op\u00e9rer sur le continent, et de mutualiser les expertises.<br \/>\n<em>*Imposer la souverainet\u00e9 des donn\u00e9es :<\/em> Toute l\u00e9gislation doit inscrire dans le marbre le principe que les donn\u00e9es des citoyens et des entreprises africaines g\u00e9n\u00e9r\u00e9es en Afrique doivent \u00eatre, par d\u00e9faut, h\u00e9berg\u00e9es et trait\u00e9es sur le continent.<br \/>\n<em>*Exiger la transparence algorithmique :<\/em> Pour les syst\u00e8mes d&rsquo;IA ayant un impact significatif (justice, s\u00e9curit\u00e9, sant\u00e9, recrutement), les entreprises doivent \u00eatre tenues de fournir des audits ind\u00e9pendants sur leurs algorithmes pour d\u00e9tecter et corriger les biais.<\/p>\n<p><strong>Axe 2 : Construire l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me de la production.<\/strong><br \/>\n<em>*Lancer un \u00ab\u00a0Plan IA pour l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb :<\/em> Orienter les fonds de d\u00e9veloppement et les investissements publics vers la formation massive de talents africains (ing\u00e9nieurs, data scientists, \u00e9thiciens de l&rsquo;IA).<br \/>\n<em>*Cr\u00e9er des \u00ab\u00a0communs num\u00e9riques\u00a0\u00bb africains :<\/em> Financer la constitution de larges bases de donn\u00e9es africaines (linguistiques, agronomiques, m\u00e9dicales) de haute qualit\u00e9 pour entra\u00eener des mod\u00e8les d&rsquo;IA adapt\u00e9s \u00e0 nos r\u00e9alit\u00e9s.<br \/>\n<em>*Utiliser le levier de la commande publique :<\/em> Privil\u00e9gier syst\u00e9matiquement les solutions d&rsquo;IA d\u00e9velopp\u00e9es par des startups et entreprises africaines dans les march\u00e9s publics.<\/p>\n<p><strong>Axe 3 : Ancrer l&rsquo;IA dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/strong><br \/>\n<em>*Promouvoir l&rsquo;\u00e9ducation num\u00e9rique et critique :<\/em> Lancer des campagnes de sensibilisation \u00e0 grande \u00e9chelle pour que les citoyens comprennent les enjeux de l&rsquo;IA et deviennent des acteurs exigeants de sa gouvernance.<br \/>\n<em>*Soutenir les \u00ab\u00a0collectifs citoyens\u00a0\u00bb de surveillance :<\/em> Encourager la cr\u00e9ation d&rsquo;observatoires et d&rsquo;ONG sp\u00e9cialis\u00e9es dans le suivi de l&rsquo;impact de l&rsquo;IA, agissant comme des contre-pouvoirs ind\u00e9pendants.<\/p>\n<h3><strong>Le choix de la refondation<\/strong><\/h3>\n<p>L&rsquo;intelligence artificielle n&rsquo;est ni bonne ni mauvaise ; elle est un amplificateur de l&rsquo;intention qui la guide. Pour l&rsquo;Afrique, elle repr\u00e9sente \u00e0 la fois le risque d&rsquo;une servitude num\u00e9rique sans pr\u00e9c\u00e9dent et l&rsquo;opportunit\u00e9 historique d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer sa renaissance. En choisissant de r\u00e9guler l&rsquo;IA de mani\u00e8re claire, \u00e9thique et souveraine, le continent ne se prot\u00e8ge pas seulement de menaces futures ; il se donne les moyens de r\u00e9inventer sa gouvernance, de transformer son \u00e9conomie et de renforcer sa place dans le monde. C&rsquo;est un acte de refondation. Le moment est venu de choisir de ne plus \u00eatre la question, mais de devenir la r\u00e9ponse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Esimba Ifonge | T\u00e9l\u00e9charger la version PDF L&rsquo;appel du Parlement panafricain \u00e0 une gouvernance \u00e9thique de l&rsquo;intelligence artificielle (IA) est bien plus qu&rsquo;une simple question technique ; c&rsquo;est un carrefour historique pour l&rsquo;Afrique. 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