{"id":17027,"date":"2025-10-14T19:59:17","date_gmt":"2025-10-14T19:59:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/?p=17027"},"modified":"2025-11-24T10:08:36","modified_gmt":"2025-11-24T10:08:36","slug":"mieux-decider-en-conscience-en-consequence-et-en-bonne-intelligence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/mieux-decider-en-conscience-en-consequence-et-en-bonne-intelligence\/","title":{"rendered":"Mieux d\u00e9cider en conscience, en cons\u00e9quence, et en bonne intelligence"},"content":{"rendered":"<p>Par Esimba Ifonge | <a href=\"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/CERECK-102025-Mieux-decider.pdf\"><strong>T\u00e9l\u00e9charger la version PDF<\/strong><\/a><\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9fis dans la plupart des pays africains sont non seulement multiples mais tout autant cruciaux: app\u00e9tit des grandes puissances et multinationales pour les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques sur les sols africains, d\u00e9fis du changement climatique et de la transition verte, jeunesse de plus en plus form\u00e9e mais toujours au ch\u00f4mage, d\u00e9sirs de souverainet\u00e9 et de renaissance panafricaine. <\/strong><strong>Ces situations imposent aux \u00c9tats et aux citoyens de trancher, de faire des choix, bref de d\u00e9cider du chemin \u00e0 prendre, en permanence. Or, d\u00e9cider devient de plus en plus ardu. Nombreux sont les leaders politiques et \u00e9conomiques, tout comme les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, qui semblent frapp\u00e9s d&rsquo;une forme de paralysie. Comment expliquer ce paradoxe ?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut aller au c\u0153ur du probl\u00e8me pour r\u00e9pondre \u00e0 cela. Nous devons identifier les forces qui entravent notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider, donc \u00e0 agir. Nous devons chercher \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 quelques questions fondamentales : Pourquoi est-il si difficile de d\u00e9cider ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une bonne d\u00e9cision exige r\u00e9ellement de nous ? Et surtout, est-ce que nous pouvons dissocier la bonne d\u00e9cision du bon r\u00e9sultat ?<\/p>\n<h3><strong>Pourquoi d\u00e9cider est difficile<\/strong><\/h3>\n<p>D\u00e9cider, c\u2019est choisir ; d\u00e9cider, c\u2019est aussi renoncer. Dans tous les cas, la d\u00e9cision ne se produit pas dans un vacuum. Aujourd\u2019hui, notamment du fait du d\u00e9veloppement des technologies de l\u2019information et de la communication, des r\u00e9seaux sociaux et de l\u2019intelligence artificielle, la prise de d\u00e9cision est confront\u00e9e \u00e0 toutes sortes d\u2019influences personnelles, externes, sociales, culturelles, politiques, historiques, etc. C\u2019est ce qui fait que d\u00e9cider devient de plus en plus difficile.<\/p>\n<p>Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, cette difficult\u00e9 de d\u00e9cider est le produit d&rsquo;un double assaut, \u00e0 la fois externe et interne. L&rsquo;\u00c9tat et l&rsquo;individu sont ainsi la cible de forces syst\u00e9miques qui sapent leur souverainet\u00e9 et fragilisent leurs capacit\u00e9s \u00e0 agir \u00e0 la source.<\/p>\n<p><strong>Une double extraction<\/strong><\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat africain est constamment mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. On la d\u00e9stabilise, on l\u2019exploite, on le fragilise. Un pays comme la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo (RDC) illustre parfaitement ce processus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9. S\u2019inspirant des travaux de l\u2019\u00e9conomiste am\u00e9ricain Edward S. Herman, qui a d\u00e9fini l\u2019Etat rat\u00e9 comme \u00ab un Etat qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 militairement ou rendu ing\u00e9rable au moyen d\u2019une d\u00e9stabilisation \u00e9conomique et du chaos qui en r\u00e9sulte, a presque d\u00e9finitivement perdu la capacit\u00e9 (ou de droit) de se reconstruire et de r\u00e9pondre aux attentes l\u00e9gitimes de ses citoyens \u00bb, l\u2019analyste politique congolais Jean-Pierre Mbelu, dans son livre \u00ab La Fabrique d\u2019un Etat rat\u00e9 \u00bb explique comment la RDC est le r\u00e9sultat d\u2019un processus qui affaiblit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la gouvernance et la coh\u00e9sion sociale. Et cela dans le but de fragmenter le pays pour mieux en piller les vastes ressources de ses sols et sous-sols (Coltan, Cuivre, Cobalt, Lithium, Or, etc.).<\/p>\n<p>Le livre Cobalt Red du britannique Siddharth Kara l\u00e8ve le voile sur cette r\u00e9alit\u00e9. Des millions de personnes, y compris des enfants, travaillent dans des conditions proches de l&rsquo;esclavage pour fournir du cobalt \u00e0 l&rsquo;industrie technologique mondiale. Ce syst\u00e8me de domination est bien huil\u00e9. Le n\u00e9ocolonialisme, d&rsquo;abord, exerce une influence indirecte, par des moyens financiers et \u00e9conomiques. Le franc CFA, g\u00e9r\u00e9 par la France, en est une illustration concr\u00e8te. Les richesses des pays qui l\u2019utilisent s&rsquo;en vont vers la m\u00e9tropole. Les politiques n\u00e9olib\u00e9rales, promues par le FMI et la Banque mondiale, imposent l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et la privatisation, favorisant les grandes entreprises au d\u00e9triment du bien commun.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cependant, la domination semble \u00eatre en voie de mutation. Elle est devenue technof\u00e9odalisme, selon l\u2019\u00e9conomiste grec Yanis Varoufakis. Dans son livre \u00ab Les nouveaux serfs de l\u2019\u00e9conomie \u00bb, l\u2019ancien ministre de l\u2019\u00e9conomie de la Gr\u00e8ce, nous explique que nous sommes sortis du capitalisme traditionnel, o\u00f9 le profit venait de la production. Et nous sommes entr\u00e9s dans un nouveau syst\u00e8me o\u00f9 les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) agissent comme de nouveaux seigneurs f\u00e9odaux dont la puissance et le pouvoir reponsent sur la \u00ab\u00a0rente algorithmique\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils extraient des donn\u00e9es comportementales.<br \/>\nAu final, l&rsquo;\u00c9tat africain est menac\u00e9 par une double extraction : mat\u00e9rielle (mati\u00e8res premi\u00e8res) et d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9e (donn\u00e9es). Voil\u00e0 comment la capacit\u00e9 \u00e0 prendre des d\u00e9cisions souveraines est entrav\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La bataille des esprits et des r\u00e9cits<\/strong><br \/>\nAu-del\u00e0 des forces structurelles qui minent la souverainet\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, la crise de la d\u00e9cision est \u00e9galement aliment\u00e9e par une fragmentation interne de l&rsquo;espace social et psychique.<\/p>\n<p>La prise de d\u00e9cision est un acte collectif qui pr\u00e9suppose une capacit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accorder sur une r\u00e9alit\u00e9 commune. Cependant, cette capacit\u00e9 est \u00e9rod\u00e9e par une nouvelle forme de pouvoir que le philosophe sud-cor\u00e9en Byung Chul Han a nomm\u00e9 la \u00ab\u00a0psychopolitique\u00a0\u00bb. Pour faire bref, la psychopolitique est syst\u00e8me de contr\u00f4le social qui repose sur l&rsquo;imposition de normes et de r\u00e9cits qui forcent les individus \u00e0 se conformer \u00e0 des mod\u00e8les de comportement. C\u2019est-\u00e0-dire que l&rsquo;individu est dissous dans une population g\u00e9r\u00e9e, et son parler spontan\u00e9 est de plus en plus remplac\u00e9 par un langage m\u00e9canique, de robot, on va dire, qui sert l&rsquo;ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>Cette ali\u00e9nation profonde se manifeste, ou se traduit, par une corruption morale et \u00e9thique des acteurs politiques et sociaux. Elle s&rsquo;accompagne \u00e9galement d&rsquo;un rejet des modes de gouvernance traditionnels qui valorisaient la d\u00e9lib\u00e9ration communautaire et la responsabilit\u00e9 collective.<\/p>\n<p>Cela a des s\u00e9rieuses cons\u00e9quences parce que la perte de la dignit\u00e9 de penser et le renoncement aux valeurs traditionnelles rendent les d\u00e9bats publics superficiels. L&rsquo;espace public, qui devrait \u00eatre un lieu de dialogue et de d\u00e9lib\u00e9ration, est trop souvent transform\u00e9 en un spectacle.<\/p>\n<p>Dans des contextes europ\u00e9anis\u00e9s, pour ne pas dire occidentalis\u00e9s, qui facilitent l\u2019imposture et le faux, la politique n&rsquo;est plus l&rsquo;art de changer le monde tel qu&rsquo;il existe, mais d&rsquo;affecter la mani\u00e8re dont il est per\u00e7u. La narration, ou le \u00ab\u00a0storytelling\u00a0\u00bb, devient alors un outil pour formater les esprits, rempla\u00e7ant la v\u00e9rit\u00e9 par une fiction mise en sc\u00e8ne. Les ruses et mensonges s\u2019affirment comme des modes op\u00e9ratoires qui divisent la population et justifient les interventions ext\u00e9rieures. Tout cela sape la capacit\u00e9 des individus et des collectifs \u00e0 s&rsquo;accorder sur une r\u00e9alit\u00e9 commune, ce qui rend toute prise de d\u00e9cision coh\u00e9rente et souveraine quasi impossible.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, la crise de la d\u00e9cision en Afrique s\u2019av\u00e8re \u00eatre une cons\u00e9quence directe de la d\u00e9connexion entre \u00ab\u00a0le politique\u00a0\u00bb (la d\u00e9finition du nous et du vivre-ensemble) et \u00ab\u00a0la politique\u00a0\u00bb (les jeux de pouvoir et la qu\u00eate d&rsquo;efficacit\u00e9). L&rsquo;\u00c9tat, min\u00e9 par des forces de pr\u00e9dation, ne peut plus servir de cadre pour un agir ensemble, tandis que la psych\u00e9 de l&rsquo;individu, colonis\u00e9e par les r\u00e9cits et les normes, ne peut plus \u00eatre le moteur d&rsquo;une action libre et collective. Il faut donc se lib\u00e9rer de ce double \u00e9tau.<\/p>\n<h3><strong>Ce que la (bonne) d\u00e9cision exige et implique<\/strong><\/h3>\n<p>Si le diagnostic de la crise de la d\u00e9cision r\u00e9v\u00e8le un environnement hostile et une conscience fragment\u00e9e, la solution ne peut \u00eatre trouv\u00e9e que dans une d\u00e9marche de refondation et de r\u00e9invention. Une bonne d\u00e9cision exige des conditions pr\u00e9alables d&rsquo;ordre \u00e9thique et culturel, et implique la construction de nouveaux mod\u00e8les de gouvernance. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un pari sur l&rsquo;avenir, qui commence par une restauration int\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Une insurrection des consciences<\/strong><br \/>\nUne bonne d\u00e9cision n&rsquo;\u00e9merge pas du n\u00e9ant. Elle est le fruit d&rsquo;une conscience lib\u00e9r\u00e9e. Avant de \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb, il faut d&rsquo;abord \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb. Le premier pas est de se doter d&rsquo;une boussole interne : la \u00ab\u00a0dignit\u00e9 de penser\u00a0\u00bb pour reprendre le titre du livre du psychanalyste fran\u00e7ais Roland Gori. Cette dignit\u00e9 est un acte de r\u00e9sistance face aux discours dominants. Elle consiste \u00e0 refuser la servitude volontaire et \u00e0 faire de la pens\u00e9e un \u00ab\u00a0geste cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb. Pour permettre \u00e0 l&rsquo;individu de redevenir le sujet de sa propre vie.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9marche trouve un \u00e9cho chez Frantz Fanon d\u2019ailleurs. Le psychiatre qu\u2019il \u00e9tait a montr\u00e9 l&rsquo;ali\u00e9nation psychologique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le syst\u00e8me colonial. La d\u00e9colonisation de l&rsquo;esprit est un combat psychologique. Pour lui, la vraie d\u00e9sali\u00e9nation ne s&rsquo;accomplit qu&rsquo;avec une prise de conscience abrupte des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales. C&rsquo;est le combat pour \u00ab\u00a0d\u00e9barrasser le colonis\u00e9 de son complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision ne peut se prendre dans l&rsquo;amn\u00e9sie. Elle exige une r\u00e9appropriation de l&rsquo;histoire. L&rsquo;historien burkinab\u00e8 Joseph Ki-Zerbo a men\u00e9 ce combat pour r\u00e9futer le mythe d&rsquo;une Afrique \u00ab\u00a0sans histoire\u00a0\u00bb. Il a insist\u00e9 sur la valeur scientifique des traditions orales. Son but \u00e9tait que l&rsquo;Afrique se \u00ab\u00a0reconstruise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0reconstitu[e] son identit\u00e9\u00a0\u00bb pour b\u00e2tir son avenir. Cheikh Anta Diop a postul\u00e9 l&rsquo;origine \u00e9gyptienne de la civilisation noire, offrant une \u00ab\u00a0unit\u00e9 culturelle\u00a0\u00bb. Cette r\u00e9appropriation est un acte politique qui permet de se lib\u00e9rer du poison culturel savamment inocul\u00e9 par le discours colonial.<\/p>\n<p><strong>Le pouvoir d&rsquo;agir ensemble<\/strong><br \/>\nUne fois l&rsquo;esprit lib\u00e9r\u00e9, il faut r\u00e9inventer la gouvernance. Il faut se lib\u00e9rer des mod\u00e8les import\u00e9s pour un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne. Une \u00ab\u00a0bonne d\u00e9cision\u00a0\u00bb s&rsquo;ancre dans le champ du politique, c&rsquo;est-\u00e0-dire la sph\u00e8re des principes et du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb. Une d\u00e9cision est bonne si elle sert le bien commun, les valeurs partag\u00e9es et les principes fondamentaux.<\/p>\n<p>Le concept de \u00ab\u00a0tradicratie\u00a0\u00bb de Jean-Pierre Mbelu nous invite \u00e0 aller dans ce sens. La Tradicratie est une synth\u00e8se des principes traditionnels africains (parole partag\u00e9e, d\u00e9centralisation) avec les id\u00e9aux d\u00e9mocratiques modernes. Ce mod\u00e8le renverse la pyramide hi\u00e9rarchique en pla\u00e7ant le pouvoir au niveau du peuple. Il s&rsquo;inspire de la \u00ab\u00a0palabre\u00a0\u00bb, un espace de \u00ab\u00a0parole partag\u00e9e\u00a0\u00bb o\u00f9 le consensus pr\u00e9vaut sur la domination. Ce mod\u00e8le s&rsquo;oppose aux \u00ab\u00a0solutions top-down\u00a0\u00bb impos\u00e9es de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Une bonne d\u00e9cision est, ainsi, celle qui \u00e9merge d&rsquo;un processus participatif et inclusif.<\/p>\n<p>La refondation et la r\u00e9invention de l&rsquo;Afrique, que nous voulons, ne peuvent se faire sans ses forces vives : La jeunesse et les femmes, en particulier. La jeunesse, \u00e9duqu\u00e9e mais au ch\u00f4mage, est cens\u00e9e \u00eatre le relais pour le futur. Les femmes sont les \u00ab\u00a0leviers les plus efficaces\u00a0\u00bb pour une transformation positive. Elles sont le c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9conomie locale.<br \/>\nL&rsquo;implication de ces acteurs est cruciale. Elle permet de construire des communs et des contrepouvoirs citoyens, qui repr\u00e9sentent une alternative aux mod\u00e8les extractifs et aux monopoles technologiques dominants. Une bonne d\u00e9cision est donc celle qui renforce l&rsquo;autonomie et les capacit\u00e9s des citoyens, et qui soutient l&rsquo;\u00e9mergence de contrepoids citoyens. Ce qui pourrait sembler \u00ab\u00a0ancien\u00a0\u00bb (la palabre, le panafricanisme) est en r\u00e9alit\u00e9 la solution la plus moderne et la plus r\u00e9siliente face \u00e0 la complexit\u00e9 des d\u00e9fis contemporains.<\/p>\n<h3><strong>La bonne d\u00e9cision comme acte de dignit\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>La gestion moderne de la chose publique est obnubil\u00e9e par la performance. Cette logique de l&rsquo;efficacit\u00e9 est un pi\u00e8ge qui ignore la complexit\u00e9 humaine. Elle r\u00e9duit la valeur d&rsquo;une action \u00e0 des calculs et des m\u00e9triques qui ne rendent pas compte du r\u00e9el. Dans cette culture du chiffre et de la performance, la politique ne peut que se transformer en spectacle.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi une bonne d\u00e9cision doit \u00eatre d\u00e9connect\u00e9e de l&rsquo;obsession du bon r\u00e9sultat. Elle doit \u00eatre jug\u00e9e non pas \u00e0 l&rsquo;aune de ses retomb\u00e9es \u00e9conomiques imm\u00e9diates, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 renforcer le politique, la dignit\u00e9 et la libert\u00e9 partag\u00e9e. La bonne d\u00e9cision est une action qui ne se mesure pas \u00e0 sa performance, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 refuser l&rsquo;asservissement et \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;autonomie. En ce sens, elle est acte de dignit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le bon r\u00e9sultat d&rsquo;une telle d\u00e9cision ne peut \u00eatre limit\u00e9 \u00e0 des chiffres de performance, ni \u00e0 des indicateurs d\u2019efficacit\u00e9. Le bon r\u00e9sultat devient un processus qui fait des exp\u00e9riences une ressource et non un fardeau. En d&rsquo;autres termes, le bon r\u00e9sultat est le devoir-\u00eatre qui transcende le simple avoir.<\/p>\n<p>S\u00e9parer la bonne d\u00e9cision du bon r\u00e9sultat est un imp\u00e9ratif moral. Le bien-fond\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9cision ne se mesure pas \u00e0 ses retomb\u00e9es \u00e9conomiques imm\u00e9diates, mais \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 renforcer les principes du vivre-ensemble. L&rsquo;\u00e9chec des solutions \u00ab\u00a0top-down\u00a0\u00bb et la domination du \u00ab\u00a0storytelling\u00a0\u00bb sont les sympt\u00f4mes d&rsquo;une politique d\u00e9connect\u00e9e du politique.<br \/>\nFinalement, la bonne d\u00e9cision est une fin en soi, car elle cr\u00e9e du lien social et renforce l&rsquo;espace public.<\/p>\n<h3><strong>Pour une d\u00e9cision \u00e9clair\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<p>Pour surmonter ces obstacles, les leaders africains doivent embrasser une approche \u00e9thique et holistique de la d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9cider, en conscience, en cons\u00e9quence et en bonne intelligence, il faut embrasser une approche \u00e9thique et holistique de la d\u00e9cision, qui reposerait sur 3 piliers. Tout d\u2019abord, il faut pouvoir se lib\u00e9rer d\u2019une conscience ali\u00e9n\u00e9e. Voil\u00e0 pourquoi je fais r\u00e9f\u00e9rence constamment \u00e0 l\u2019insurrection des consciences : Parce que, remettre en question les r\u00e9cits \u00e9tablis et reconqu\u00e9rir notre autonomie intellectuelle, passe par cette insurrection des consciences. Ensuite, nous devons d\u00e9manteler les structures de domination qui r\u00e9gissent nos r\u00e9alit\u00e9s et refonder nos relations sur des mod\u00e8les endog\u00e8nes, reposant sur l\u2019unit\u00e9, la solidarit\u00e9 et la participation, pour emp\u00eacher la concentration du pouvoir et assurer une r\u00e9partition plus \u00e9quitable des responsabilit\u00e9s. Aujourd\u2019hui, nous devons, en plus, construire une souverainet\u00e9 qui ne soit pas seulement politique, mais aussi psychique et num\u00e9rique. Enfin, nous devons travailler au panafricanisme des peuples. Kwame Nkrumah l\u2019a dit : L\u2019Afrique doit s\u2019unir. C\u2019est souvent pris comme un slogan, mais c\u2019est imp\u00e9ratif, une n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique pour renverser des rapports de force d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons, face aux paradoxes d&rsquo;une Afrique riche mais entrav\u00e9e et appauvrie, la d\u00e9cision doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un art politique exigeant une profonde \u00e9thique, une conscience historique et un engagement collectif. Que nous soyons des simples citoyens ou d\u00e9cideurs politiques ou \u00e9conomiques, nous devons rejeter les faux-semblants et cultiver une pens\u00e9e critique. C&rsquo;est \u00e0 ce prix que l&rsquo;Afrique pourra non seulement se d\u00e9gager de ses d\u00e9pendances et de la \u00ab\u00a0sorcellerie capitaliste\u00a0\u00bb, mais aussi r\u00e9inventer son propre avenir. Il est temps de d\u00e9cider avec audace et lucidit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/CERECK-102025-Mieux-decider.pdf\"><strong>T\u00e9l\u00e9charger la version PDF<\/strong><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Esimba Ifonge | T\u00e9l\u00e9charger la version PDF Les d\u00e9fis dans la plupart des pays africains sont non seulement multiples mais tout autant cruciaux: app\u00e9tit des grandes puissances et multinationales pour les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques sur les sols africains, d\u00e9fis du changement climatique et de la transition verte, jeunesse de plus en plus form\u00e9e mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17028,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","footnotes":""},"categories":[42,53,87],"tags":[],"class_list":["post-17027","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-esprit-critique","category-laps"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17027"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17027\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17126,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17027\/revisions\/17126"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17028"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cereck.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}